Le corps d’un mort est une source de revenus. Le service funèbre est un business rentable.
Ce n’est pas un film de Hollywood. Ce n’est pas un casting de Nollywood. Ni même une satire de Novelas. C’est une réalité. Du vrai. La mort rapporte gros en Côte d’Ivoire. Entre jeu de jambes, malhonnêteté et ruse. Tout est bon pour avoir l’argent. À la Koffi gombo. « No pitié in business ».
Bandouing Yeo en a vu des mûr et des non mûrs. Le malheureux à perdu son oncle maternel à Bouaké ce 14 août 2026, jour de la fête de l’Assomption. Bandouing décide de faire son possible pour que le samedi 15 août, jour férié, le corps soit transféré à la morgue de Ferke.
Son neveu, qui a relié la capitale du Gbêkê la veille, se lance dans une course folle. Yeo lui colle une de ses connaissances qui un fonctionnaire en poste à Bouaké. Très vite une solution semble être trouvée à 400 mille de nos francs. Trop cher. Bandouing propose 250 000 Fcfa. Rendez-vous est pris pour le lendemain, dimanche, pour finaliser l’opération et faire le transfert du corps sur la capitale de la région du Tchologo.
Dès que l’argent est décaissé le partage est vite fait. Une remarque. Les intervenants n’ont jamais de compte mobile money pour recevoir le pécule. Des faits authentiques.
Mais il y a blocage au moment de récupérer le corps sans vie de l’oncle de Bandouing pour le transfert. De huit heures à seize heures pas de solution. Le directeur du service mortuaire a bloqué la levée du corps. « J’ai bloqué le corps parce que vous avez traité avec des arnaqueurs. On attend demain lundi pour que vous fassiez les choses dans les normes », affirme le directeur.
Bien dit surtout venant du responsable, c’est cela la conscience professionnelle. Mais, comment expliquer que les « arnaqueurs » aient accès à la paperasse et surtout aux différents services des pompes funèbres en présence du responsable des lieux. L’ambulance et surtout le corps sans vie !
Sur les 250000, cinquante mille n’ont pu être récupéré. Naturellement certains avaient disparus avec leur quote-part et sont restés injoignables.
Lundi, le jeu commence à la mairie. De retour à la morgue une facture proforma de près du million est sortie. « On n’a pas ça. On a que 300000 », propose Yeo. Le directeur consent à passer de 978000 à 462000. Mais Bandouing ne bouge pas de sa position. « Dans ce cas, je ne vous délivre pas de reçu de paiement », affirme le directeur. Et l’affaire est conclue.
Mais si aucun reçu n’a été fait, dans quelle caisse l’argent se retrouve. L’histoire vécue par Yeo plante un décor inquiétant dans les services des pompes funèbres. Il n’est pas rare de voir des gens proposer leurs services aux alentours des morgues en cas de décès. On parle de démarcheurs pour faciliter la mise à disposition du corps de nos défunts. Ce sont des arnaqueurs en général. La vérité est que la complicité de certains responsables des pompes funèbres leur facilité la tâche. Et, tant que chacun est satisfait de sa part il n’y a pas de problème. Les bruits naissent lorsque quelqu’un dans la chaîne se sent lésé.
Le cimetière. Une autre étape pour accompagner nos morts dans leur dernière demeure et un autre souci. Entre fossoyeur, la mairie et tous ceux qui proposent leurs services dans nos cimetières. Tout est une sortie d’argent.
Guefala, un artiste tradi-moderne du norddu pays, le résume très bien dans une de ses compositions. « Le jour que tu te retrouves dans un hôpital avec un parent malade, saches que tu as emprunté un chemin tortueux. Entre cliniques privées et centre de santé privé ou public, ta poche est disponible à être détroussée. Mes amis si par malheur ton parent vient à mourir, sache que tes larmes ne serviront plus à rien mais c’est ta poche qui est en deuil », dixit Guefala.
Les artistes sont vraiment des visionnaires.
Sékongo Naoua
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